Pages

15.5.18

LE PROJET DE SOI

lambert wilson

( Lambert Wilson - Photo trouvée sur le site de Tendances de mode - )


(Petit son moite des familles, ça faisait longtemps ... )


J'avais envie d'aborder un concept très intéressant que j'ai découvert cette année en bossant sur mon mémoire.
Vous savez que j'ai repris mes études et suis en pleine écriture de mémoire -  précisément, je travaille sur l'influence des émotions sur les apprentissages - et en bossant sur tout un tas de trucs à côté -même à la fac je suis la reine des digressions et me retrouve toujours à vouloir mettre une autre référence alors que c'est pas le propos (je recherche une manière de caler un petit Buffy Summers dans ma partie 1 ou 2 mais je vais arrêter de me mentir, ça va être grave tendu) -  je tombe sur des articles qui traitent de l'identité et notamment de l'identité et son évolution pour les personnes entrant en formation...
Et ça a révélé tout un pan de ma psyché qui m'était inconnue...

Je vous raconte... mais je préviens, y'a plein d'étapes... Sinon c'est flou et on comprend rien...


A. 2001. Le vertige du choix

Je ne vis pas une période super. Je sais pas trop où je vais, j'arrive à un âge où les gens semblent attendre de moi que je me positionne, que je sache où je vais, bref que je me comporte comme une adulte. Mais moi ce truc d'adulte, je le sens pas trop.
Je me sens grosso modo aussi mature qu'une fille de quatrième et faire des choix sensés déterminer toute ma vie, je trouve ça très légèrement (mais alors vraiment légèrement) anxiogène. Et c'est là que tout commence à bloquer...

En 2001, j'ai 22 ans, ce qui semble être l'âge, pour la société, d'être "à sa place".
Fini les tolérances, le temps des approximations devrait être terminé, mais perso, je me sens pas méga prête...
C'est pas "FAIRE" que je ne veux pas, mon problème c'est que je sais pas ce que je DOIS faire, mais je suis sûre que si on me dit quoi fait, cela réglera ma vie (ouais je suis docile).

Ce que j'aimerais, c'est qu'on me dise la direction à prendre, le truc que je ne veux pas avoir à faire,  c'est un choix. Y'a trop de possibilités, alors j'ai tout le temps peur de faire le mauvais, j'ai pas envie de prendre cette responsabilité là. (Ce truc de choix m'a longtemps paralysée).

Donc, je vais voir une psy, et je lui raconte comment ça serait vraiment super qu'une entité extérieure prenne les commandes de ma vie que je la laisserais faire sans la moindre hésitaition.
Je lui raconte que je suis tellement paumée, que je sais tellement pas ce qu'il FAUDRAIT que je fasse, que je suis prête à toutes les docilités, à tous les protocoles les plus cadrés, bref, à ce que quelqu'un décide pour moi.

Ma psy me dit "Mais vous êtes vraiment sûre de vouloir que quelqu'un décide pour vous ? "

Moi : " Bien sûr, je suis tellement à la ramasse  que l'autre saura toujours mieux que moi ..."

Psy "Vous êtes sûre de ça ? "

J'acquiesce ... Je suis sûre... Il se trouve que je sais que ce truc c'est comme faire pipi, personne peut vraiment le faire à ma place ... Mais à l'idée d'être à a barre de mes choix je le sens pas : ma vie sera forcément une succession d'errances à force de ne pas savoir choisir".

Spoiler : Ca a été le cas ... A force de ne pas savoir décider, ça a été comme qui dirait ... Aléatoire ...


B. Rentrée 2017 . Plus complexe que prévu 

J'entame ma deuxième année de Master. On doit présenter à nos profs les "idées" (ou esquisses de brouillon d'idées) qu'on a pour écrire notre mémoire.
J'en ai quelques une pour ma recherche (je me la raconte pas, ça s'appelle comme ça) et les présente à mes profs.
Ils trouvent l'idée relativement intéressante mais tiltent un peu sur le contexte de recherche...
Mon prof (l'équivalent de mon prof principal si j'étais au collège) me dit "ouais ton contexte Marie, ça fait pas très sérieux ... Et c'est dommage parce que si ton travail est de qualité mais que le contexte fait pas sérieux ça le fera pas " (1).

Je me dis qu'il sait mieux que moi et même si je dois renoncer à MON projet initial, je le fais a priori, sans faire beaucoup d'effort. Il est l'expert, et je vous ai parlé de ma docilité, donc s'il le dit, ok, je le crois. Il doit savoir ce qui est mieux pour moi.

Donc petit à petit, le mémoire que j'avais anticipé dans ma tête, je l'abandonne pour aller dans une autre direction. Une autre direction qu'une "autorité intellectuelle" pensait plus pertinente pour moi.
Il se trouve que l'idée de mon prof j'aurais pu l'écouter, la respecter mais pour autant défendre mon projet initial, et pourquoi pas suivre mon intuition. Mais non, suivre mon intuition c'est pas comme si c'était quelque chose que je faisais spontanément, faut avoir fondamentalement confiance en soi et en son jugement pour ce genre de chose et vous savez que de mon côté, ça fluctue.
Donc début d'année, je me retrouve à bosser sur mon mémoire dont je n'ai délibérément pas choisi le thème et le terrain de recherche.

Je l'entame donc en faisant des compromis ... Le pire c'est que personne ne m'a réellement rien imposé, on m'a suggéré,et moi, j'ai extrapolé.

J'ai pris des conseils comme des injonctions, alors qu'ils n'étaient que des conseils ... La suite m'a éclairée sur ce qui s'est passé durant cette rentrée et durant ce qui s'est passé une bonne partie de ma vie.


Courant 2017 et 2018 : tension 
Mon année file mais, contrairement à la précédente, quelque chose ne tourne pas aussi rond dans mon esprit. Je me sens en inconfort avec mon projet de mémoire, je n'arrive pas à bosser à la hauteur de ce que j'aimerais. Un peu comme si je m'en foutais. Je fais les choses méthodiquement, dans le rythme exigé par la fac, mais régulièrement je me demande ce que je fous là ! J'ai pas envie de m'y mettre franchement. C'est étrange, l'enthousiasme vécu l'année précédente semble loin derrière moi.
Je ne comprends pas vraiment ce qui se passe ... Le seul truc que je comprends c'est que ce mémoire me soule et ne m'intéresse pas ...

C. Le projet de Soi . KADDOURI

En préparant un devoir (rien à voir avec le mémoire donc) je tombe sur le texte d'un chercheur très célèbre - dans le milieu de la formation pour adultes, autant dire c'est pas Beyoncé non plus (mais pour moi un peu quand même) - Mokhtar Kaddouri.
Son article, Le projet de soi entre assignation et authenticité, (que je vous link ici pour les plus curieux : Article de Kaddouri ) - a donné un éclairage nouveau à la situation que je vivais (et à plein d'autres d'ailleurs).

Bon là, ça va être un peu technique - encore que - mais je vous jure le jeu en vaut la chandelle  (Marie aka la reine du teasing) :

Kaddouri définit le Soi de la manière suivante :

- Le Soi est une composante de l'identité et il est la somme du  "Je" et du  "Moi"
("Je" + "Moi" = Soi)

- La particularité du Je, c'est qu'il lutte pour construire un projet de soi conforme à ses aspirations identitaires (typiquement ce que j'ai vraiment envie de faire).

- Quant au Moi, lui cherche à se conformer et à intérioriser, en lui, le projet d'autrui.

Vous sentez venir le truc ?

Le Soi est donc confronté à deux orientations identitaires :

- Une orientation identitaire du sujet qui, dans une épreuve relationnelle, se bagarre pour construire son propre Soi (autant dire, Le projet de soi pour soi). Typiquement, le sujet de mémoire que j'avais choisi, celui que je voulais faire.

- Une orientation identitaire d'autrui qui dit au sujet ce qu'il doit être et les conduites qu'on attend de lui (Le projet de soi pour autrui). Mon prof qui me donne son avis quant au sujet du mémoire en m'indiquant, qu'institutionnellement (il en est le représentant à mes yeux) le choix que je m'apprête à faire n'est pas le plus pertinent.


« Dans la construction de Soi, le sujet est confronté à une double tension. La première résulte de la confrontation entre deux orientations identitaires. Celle du sujet lui-même qui dans une épreuve relationnelle avec l'autre se bagarre pour construire son projet de soi sur soi. Celle qui tente de lui assigner ce qu'il doit être pour se conformer au projet d'autrui sur son soi. La deuxième tension est une conséquence de la première elle est attisée par les liens d'interdépendance socio-affective et les rapports de pouvoir qui opposent le sujet et l'autrui dans le combat pour l'authenticité de la construction en questionIl s'agit de la détermination de la place et du rôle que prend le sujet dans la définition des contours et de l'orientation du devenir de son « Soi ». »

Kaddouri 
Conclusion

Bon maintenant que je vous ai parlé des travaux de Kaddouri sur les tensions identitaires d'un individu en formation, vous vous doutez bien de ce que je vais vous dire.

Cette tension interne a émergé dans un contexte spécifique.
Mon mémoire est né d'une négociation entre le Je et le Moi.
Le  Moi a plutôt gagné la bataille. Initialement, ce mémoire, je ne l'ai pas fait directement pour moi, parce qu'il allait dans le sens de mes intérêts et de mes goûts, il n'est donc pas un projet de soi pour soi.

Le plus marrant dans cette histoire, c'est que personne ne m'a forcée à rien, je jure, j'ai construit ce sujet et ce contexte de mémoire autour d'injonctions d'autrui que je pensais réelles mais qui n'étaient que des projections de mon esprit. Au bout du compte, mon prof, qui a tendance à être un peu lunaire, aurait oublié ce qu'il m'avait dit et j'aurais pu aller au bout de mon désir si je l'avais vraiment voulu. Mais non, ce n'est pas ce que j'ai fait.
Quelqu'un - ou la projection de quelqu'un qui fait figure d'autorité - a choisi pour moi, exactement comme ce que j'avais toujours voulu toute ma vie.
Je m'étais imaginée que ça règlerait quantité de problématiques et de doutes, mais force est de constater que ça ne s'est pas du tout passé comme ça. Il y'a eu lutte.

Quelque chose en moi cohabite avec l'angoisse de faire un mauvais choix et avec cette docilité intellectuelle qui me fait penser que je suis moins bien placée qu'un autre pour savoir ce qui est bon pour moi et cette chose s'est manifestée d'une étrange manière : en se vexant, en se braquant, en m'empêchant de travailler. Le Je est une quelque chose de susceptible dans lequel se trouve nos aspirations et, il est d'une certaine manière, bien moins docile que ce que je m'étais imaginée. Il a son mot à dire, il ne se laisse pas faire. Dans une certaine mesure, j'ai trouvé ça rassurant, ça donne l'impression d'une existence pleine, en dehors du regard d'autrui. Et finalement c'est assez beau cette chose qui ne se laisse pas faire.

C'est intéressant de constater que, malgré tout, le Projet de soi pour soi a des stratégies pour nous faire comprendre ce qu'il (on) veut vraiment tout au fond de nous.

Alors réponse tardive à ma psy en 2001 :

"Non, effectivement, je ne souhaite pas que quelqu'un décide à ma place ... En tous cas y'a une partie de moi qui n'est pas du tout tranquille avec cette idée et qui ruine toutes mes velléités de docilité ! "

Thug Life ;-)


Je vous embrasse à très vite 


 (1) Ouais je vais me mettre au notes de bas de page : Je pars en vacances avec ma mère depuis des années en club de vacances ... Et j'aime pas trop ça, mais que voulez-vous, ça lui fait plaisir ... Donc là bas, je passe mon temps à râler un peu (faire plaisir en faisant payer ... je sais ça craint) mais il y'a un truc que j'aime bien (et qui a à voir avec l'enfance) c'est les spectacles de animateurs (ne me juge pas ... Non ne me juge pas ...), j'ai une certaine fascination pour leurs gigotements et danse. Et plutôt que d'avoir eu le sentiment de n'y avoir rien appris, j'ai envie de comprendre les spécificités d'apprentissage de ces animateurs là ... Voilà, c'était exactement ce que je voulais faire ! Histoire de sublimer l'expérience  ;-) 

CONTINUER LA LECTURE

6.5.18

LACONIQUE / THE INTERNET, ROLL (BURBANK FUNK)


Je suis en rendu de "troisième partie de mémoire" ... mais à partir de lundi je serai un peu délivrée et j'ai quelques idées de billets en tête !. 

En attendant, ce morceau est tellement cool ... Un peu décontenancée au début par le nouveau projet de The Internet (que je n'ai jamais cessé d'écouter et qui sont tellement chers à mon coeur), je dois avouer que les écoutes me le rendent de plus en plus addictif. 

Bref, bon dimanche. 

Love & Disco




CONTINUER LA LECTURE

16.4.18

ODYSSÉE CORPORELLE - 1 -

ryan 1


                                                                Photo de Ryan McGinley




Bonjour à tous.
J'espère que vous allez bien.

Dans le billet du jour, qui sera probablement le premier d'une série, j'avais envie d'aborder un parcours que j'ai récemment décidé de faire : celui de me réconcilier avec mon corps (et accessoirement de le comprendre).

Et ça me paraissait intéressant d'écrire des billets au fur et à mesure pour y aborder mes états d'esprits du moment.

J'ai déjà abordé certaines de mes problématiques corporelles ici mais j'ai comme qui dirait envie de reprendre depuis le début ... Et de vous expliquer ce qui s'est passé ces derniers mois.

Le rapport que j'ai à mon corps s'est "déréglé" et "complexifié" il y'a 7 ans quand j'ai arrêté de fumer.

J'avais toujours été une enfant, ado, jeune adulte très mince. Et mince, mon corps ne m'avait jamais encombré:

- Socialement, il ne freinait rien, je n'avais pas de complexe et on ne va pas se mentir, c'est un état d'insouciance plutôt sympathique...

- Physiquement, il ne m'encombrait jamais, je ne le sentais que quand je le souhaitais : ni inconfort, ni frottement douloureux, ni essoufflement rien.

- Identitairement, il était moi. Je ne me voyais pas autrement.

- Vestimentairement, il était on ne peut plus accommodant dans la société dans laquelle j'évoluais. Celle où faire plus que du 42 complexifiait nettement les choses. M'étant en permanence sapée comme une mince - trucs débraillés par exemple - je voyais bien que mes goûts ne s'accommodaient clairement plus à ma nouvelle morphologie. Rien n'allait !

En 7 ans j'ai pris 20 kilos, tous mes repères corporels se sont dégradés et je suis rentrée dans un monde dont je ne savais rien.

J'oscillais entre les périodes où je me disais que je devais l'accepter et les périodes où je ne pouvais pas me faire à l'idée que ce corps était le mien.

En 7 ans, je n'ai plus supporté qu'on me prenne en photo (alors que j'avais toujours été très tranquille avec mon narcissisme, là, la meuf sur la photo, je ne le connaissais pas ... Ou reconnaissais pas ... ).
Je n'ai plus supporté de me saper, plus rien ne m'allait ... Putain c'était un drame de voir comme tout me boudinait ...

Et petit à petit mon corps, à force de voir comme il s'éloignait de l'image que j'en avais (celle de mon corps qui avait toujours été le mien ... ) est devenu un absolu étranger pour moi ... Je ne souffrais pas vraiment, c'est juste qu'il a presque cessé d'exister à mesure qu'il n'était plus la représentation que j'avais de lui. Je ne m'y suis pas faite ... Non, ce qui s'est passé c'est que je me suis résignée ... C'est tout !


Mais qu'est-ce qui avait bien pu se passer bordel de sa race ?

Dans ma négligence, je continuais de fantasmer  que cela allait changer et que je pourrais enfin ME retrouver - j'ai absolument conscience du caractère "limite" de mes propos, mais je vous parle avec la plus grande honnêteté.

Pour autant, je n'ai fait strictement aucun régime, jamais ... Au mieux ce qui s'est passé, rapport que je suis hypocondriaque, j'ai année après année, mangé plus "équilibré".
Oui parce que j'ai passé l'essentiel de ma vie d'avant à manger n'importe quoi, à n'importe quelle heure ... Et changer cela me paraissait, dans une certaine mesure, bien triste ... Et le côté contrôle pour ça, je ne le sentais clairement pas, j'aimais trop manger pour rendre cela problématique.

Un soir, il y'a de cela un mois, je suis avec des gens de la fac, dans l'appartement de Marielle - nouveau personnage dans ma vie et une copine de promo - et je sais pas vraiment comment cela arrive mais je commence à leur parler du rapport distant voire inexistant que j'ai à mon corps.
Isabelle - une autre copine de promo et aussi nouveau personnage - me raconte des trucs de sa vie et elle me parle du rapport sensible qu'elle a au monde ... Je rebondis, de manière assez crue sur le fait que moi je suis "rationnelle" et que pour moi, ce qui compte le plus, c'est ma pensée, mon cerveau, que le reste est trivial, qu'il ne compte pas ...

Mais, comme dans les associations que l'on fait parfois en thérapie, j'en arrive à parler de mon corps et comprends en parlant, que la manière dont je sur-investis mon intellect (et l'intellect de manière générale) est une façon de décrédibiliser le corps et ses manies surtout parce que je n'ai plus aucun "contrôle" sur lui et qu'il est un grand mystère. Alors que l'université m'a démontrée que je pouvais agir sur mon cerveau en travaillant... Et là ça avait marché ... Pas comme avec le corps où les choses que j'entreprenais ne fonctionnaient pas (arrêter le coca, faire du sport en salle alors que clairement ça m'enchante modérément comme type d'activité )... Je continuais de grossir !

En leur parlant, tout se met alors en place dans ma tête, je comprends, j'ai n'ai plus de contact avec mon corps ... Quasi plus ... Le seul moment où j'en tiens compte c'est quand il me fait mal et que j'imagine - dans toute ma sérénité - que je vais mourir dans les 23 secondes.

Et je comprends aussi que je dois inverser la vapeur parce que là, clairement, ça craint !
J'ai arrêté de le regarder et de le considérer et il m'est parfaitement étranger ... Et c'est plus possible ...

Je leur dis, avec le sens du drame qui me caractérise, que c'est l'odyssée que je dois faire parce que clairement autant de désintérêt pour ma personne physique, n'amènera rien de bon ...

Mais rencontrer son corps figure toi que je savais pas faire ....

Bon y'a bien sûr une suite ...

A très vite !




CONTINUER LA LECTURE

5.4.18

MA TRÈS CHÈRE LOU ... ( ET MA TRÈS CHÈRE SARAH) ... ET AUSSI LES AUTRES ...

IMG_1611




Lou,

j'ai cherché ton adresse mail pour te répondre, mais je n'ai rien trouvé ...
Ton commentaire m'a tellement chamboulé qu'il m'a donnée envie de te répondre ici directement parce qu'il m'a inspiré plus de choses qu'un laconique retour.

Merci Lou. De tout mon coeur.

Tu m'as donné le sentiment que ce blog manquait à quelqu'un. Et ça m'a fait bizarre parce que je n'y suis plus très présente. Tes mots m'ont tant touchée qu'ils ont attisés une envie visiblement pas tout à fait éteinte (j'en ai même eu les larmes aux yeux Lou).

Je cherche alors un truc enlevé, intéressant ou profond à te dire mais rien ne me vient vraiment (le manque d'habitude j'imagine ...).

La semaine dernière une amie me dit :
"Mais ton blog, tu vas le laisser mourir comme ça à petits feux ... Tu veux même pas clore le truc ?"
J'ai trop rien répondu de clair, parce que je ne savais pas vraiment quoi en dire.
J'avais pas vraiment le coeur de le fermer, de clore ces 10 années (grosso modo) d'un "salut, c'était bien, on a  rigolé et surtout merci à tous" mais je n'avais pas non plus l'énergie de le maintenir à flots ... Et je crois que tu as raison, j'ai perdu l'envie à ne pas avoir réussi à suffisamment croire en moi.

Ma posture, ce détachement, ce désir acharné de ne jamais être prise en flagrant délit de premier degré m'a autant préservée que déservie.

Ce que je faisais ici était important pour moi mais je ne voulais pas trop que ça se voit alors je faisais toujours un peu semblant que tout ça ne comptait pas vraiment, que ça n'était pas très important, que ça ne valait pas plus que ça, que ça n'était qu'un petit blog de rien du tout. Tout plutôt que d'être prise au sérieux.

Fabriqué un soir d'octobre dans un petit appartement nancéien (Faubourg des III maisons pour les connaisseurs), ce blog est vite devenu un objet de fierté intense et pour être tout à fait honnête avec toi Lou, il était le seul à cette époque. J'étais dans le flou de tout, je comprenais rien à ce qui se passait et avais la tenace impression de rater absolument tout ce que je faisais. Maintenant c'est mieux, c'est pas toujours aussi nette que dans mes fantasmes existentiels mais je ne trouve plus ça si grave... Ca me va.

"La Chic Fille" s'est rapidement donnée des airs un peu "graves" tu as vu : j'y parlais beaucoup de mes ratés, de mes doutes et de mes interrogations ...
Je sais pas trop comment ni pourquoi ça s'est fait comme ça mais le blog s'est comme qui dirait auto-dirigé, ça m'a dépassée. Ce que j'y lisais me surprenait, il me proposait une nouvelle lecture de toute ma vie.
C'est comme s'il décidait tout seul de ce dont il voulait parler et de ce qu'il allait révéler de moi.

Il a alors très vite été ma part la plus sensible voire sa matérialisation. Il n'y avait plus de filtre, la vraie vie était loin de mon clavier, je devais suffisamment me sentir en sécurité pour ne pas craindre d'être moquée. Et je pense que c'est très bien, jamais, sans lui, je n'aurais pu voir que ces choses là étaient si importantes pour moi, que ça comptait, et que ça comptait aussi pour les autres. Jamais, non plus, je n'aurais pu voir le lien ténue, tout fin, qu'il existe entre toi et moi... Entre ta vie et la mienne.

Mais sa force a aussi été sa limite. Un jour Lou, une personne a commenté un billet en me disant : "Je viens d'aller sur le blog de Mai, j'y ai lu ton texte sur "Mes 20 ans" ... Pourquoi tu n'en as pas parlé sur le blog? Pourquoi tu fais toujours autant profile bas ? Qu'est-ce que tu y gagnes ?"

Elle avait raison. Et je ne lui ai rien répondu, parce que je ne sais pas ce que j'y gagne à autant minimiser ce que je fais, à autant faire comme si ça ne comptait pas. C'est pas comme si je faisais autrement dans ma vie en plus. Ce qui est bizarre c'est que j'aime ce que je fais, il m'arrive même d'être fière alors pourquoi ne pas le dire (dans ma vie pro c'est la même...) ? J'en sais trop rien, mais le blog a vraiment incarné ce truc de ma personnalité et, d'une certaine manière, ça ne l'a pas aidé à s'épanouir...

Tu as raison,  mon choix, cette position, a limité ce que je faisais et puis à force ... Et ben à force, j'ai perdu confiance pensant que tout ce que je réalisais ça n'était qu'un blog et que ça disparaitrait bien vite.
C'est pour ça que je postais plus je pense ... C'était pas par manque de temps, mais parce que je ne voyais plus pour qui ou pour quoi le faire ... A tant le minimiser il ne comptait plus, même pour moi.

Mais ton commentaire Lou m'a fait une drôle d'impression dans le coeur. Il a chamboulé ma pensée... Je me suis dit que cet espace pouvait encore donner quelque chose, qu'il pouvait évoluer vers ce que je suis devenue (j'ai en plus plein d'idées, la fac m'a rendue créative je crois).

Ton commentaire en attisant mon envie de ré-écrire m'a peut-être montré que c'était moins fini que ce que je l'imaginais.

J'ai beaucoup écrit ces deux dernières années, la fac est une grosse gourmande de mots, mais écrire là, c'est quand même autre chose. Ecrire là c'est écrire comme je veux, de ce que je veux et c'est un luxe tellement énorme...

Lou, en te lisant, j'ai eu le sentiment que ce blog avait compté pour au moins une personne ... Et si cette personne c'est toi alors ça me va.

Je t'embrasse de tout mon coeur.

Merci.


CONTINUER LA LECTURE

11.1.18

ARRÊTER LA FAST FASHION

1464139157



Bonjour à tous.

 En ce début d'année, je vous souhaite une magnifique année faite de tout, de tout ce qui vous fait du bien.

Vous n'êtes sans doute pas passé à côté de cette polémique : un petit garçon noir sur le site d'H&M avec un sweat aux écritures dégueulasses ... Et racistes, indéniablement.

Ce n'est pas la première fois que la marque est accusée de racisme ( lisible sur cet article ) et plaider la bonne foi, nous expliquer que "c'est évident que le protocole n'a pas été suivi. Cela ne fait aucun doute. Nous allons donc enquêter minutieusement sur la raison pour laquelle cela a eu lieu dans l'objectif d'éviter que l'on répète ce genre d'erreurs à l'avenir" ne suffit pas. Enquêter minutieusement, comme si quelqu'un avait fait passer cela en loucedé ... Non mais ... 

À quel moment la photo d'une si grande enseigne n'est pas vérifiée par un tas de personnes avant publication ? La réponse est simple, jamais alors j'ai du mal à croire à la négligence. 

Je me suis beaucoup interrogée autour de ces questions ( d'ordre éthique ) et de la consommation de masse (dans laquelle je suis également).

Il y'a quelque chose autour de la consommation et notamment de la fast-fashion de quand même bien dégueulasse, on va pas se mentir et on va arrêter de faire comme si c'était tranquille et que "ça va, tranquille, faut se faire plaisir".

Aborder dans ce billet cette thématique alors même que dans le précédent, aux confins de l'angoisse, je vous disais à quel point me répandre dans la docilité consumériste me tranquillisait dans les difficiles mois que je passais.

Le symptôme dont je vous parlais empêche de regarder frontalement, sans divertissement ni diversion, et oui, effectivement une utilité. Mais une utilité court-termiste, et autocentrée.
Il apporte une réponse rapide, sans réflexion, que l'époque dans laquelle je suis m'a soufflée très fort (" Achète ! Achète encore !"). Ces débordements ne sont que l'exagération de mon comportement docile à la société.

Il y'a quelques années j'avais expliqué sur ce blog que j'allais arrêter d'acheter des sapes chez H&M parce que je pouvais plus décemment faire comme si les conditions de fabrications de leurs sapes étaient correctes et vivre sereinement de participer à ce "système".

Et puis je n'ai pas tenu. Et j'ai donné les mêmes arguments (fallacieux) "ouais mais bon le reste est trop cher, un pull à 100 balles c'est pas possibles" ... "Oui et puis aussi mon pouvoir d'achat ..." Et puis les autres ..."

Bref, j'ai pas tenu parce que la fast fashion (et la fashion de manière générale) c'est facile, c'est partout et c'est pas cher. Alors je m'accommode (modérément) avec ma conscience et fais comme si c'était pas si grave.

Et puis il y'a eu ce petit garçon.

Droit comme un "i", son regard droit dans le mien, je sais pas comment dire, mais d'un coup j'ai eu honte. Honte de m'être à ce point accommoder de ces déviances.
Ils avaient mon silence et je leur donnais en plus mon fric (que je n'ai toujours pas rapport que je suis nulle et pour le gagner et pour le garder, il faut vraiment que je vous reparle de fric ...).

Je me suis aussi souvenue de tous ces trucs qui allaient du "très bof" au absolument dramatique (comme l'effondrement du Rana Plaza) et je me suis rappelée à quel point mes arguments étaient plus délétères qu'éthiques. Mais merde pourquoi je m'aveuglais comme ça ? C'est simple, il faut juste arrêter puisque comme la clope, ça ne présente aucun avantage ... Un vague sentiment de culpabilité et du fric dépensé un peu bêtement?

Alors je ne fais la morale à personne, je questionne simplement mes comportements et les dilemmes personnels dans lesquels je suis, comprendre comment je fais à l'intérieur de moi, comment je négocie avec ça.

L'obstacle le plus évident lorsqu'on souhaite modifier des comportements, c'est que notre réflexion se heurte systématiquement à des éléments qui freinent ses super plans qui déchirent et dans lesquels elle se sentirait fière et digne.

La réflexion / cognition elle sait ce qu'il faut faire pour être raccord avec soi et ses valeurs.
Par ex, connaître les implications de la fast fashion c'est, évidement, ne plus vouloir faire partie de ce truc. C'est très net dans mon esprit et ne nécessite aucun type de négociation.

Mais, cette détermination de la cognition, efficace et "radicale" se heurte à des trucs super puissants et plutôt versatiles comme les errances émotives mais aussi les habitudes.

La fast fashion, et c'est bien ce qui la caractérise, joue sur une temporalité très courte, ce qui donne l'impression que tout est urgence et qu'il faut vite acheter sous peine de voir l'objet de son désir sold-out.
Et l'une des conséquences de l'urgence, c'est que ça empêche franchement de réfléchir.

Moi j'ai pas d'enfant, donc pas besoin d'acheter des trucs pour un être humain qui grandit et j'ai consommé plus qu'il ne faut alors acheter un énième pull à 20 balles ça ne me semble pas être la nécessité du moment. Alors pourquoi je le fais ? C'est pas comme si je savais pas ...

Bref, je voulais vous parler de ça parce que sincèrement cette photo avec le petit garçon m'a tellement choquée que je ne veut plus donner à cette enseigne un euro. Et rester digne par rapport à ça.

Voilà, billet foutraque, mais putain, ça tournait en boucle au point de me faire reprendre le clavier de la chic fille.

Je vous embrasse fort

Edit / Point blog : Je ne sais toujours pas trop comment va évoluer le blog, je n'ai pas tout à fait le coeur d'arrêter mais je n'y consacre pas le temps qu'il faudrait. Je ne sais pas trop pourquoi cet entre-deux ? Ca ressemble à de la flemme mais cette flemme trouve sûrement sa source dans la vraie raison. Bref, on se tient au jus quoi (je suis devenue assez silencieuse aussi sur les réseaux sociaux, tout ça m'ennuie beaucoup je crois mais en vrai, ça va plutôt bien. J'ai envie de refaire des vidéos et puis après j'oublie. Bref, rien de bien stable mais c'est pas comme si vous saviez pas à quoi vous en tenir ☺️ ).
J'espère que vous ça va 🖤





CONTINUER LA LECTURE

28.11.17

ANGOISSE 1 / Ode au symptôme

07-mcginley-1-superJumbo






J'ai un mois de novembre un peu "compliqué" cette année.
C'est pas la méga joie tout le temps et quelques coups durs m'ont fait reflirter avec ma grande copine, cette conne, L'angoisse.

Hier, un peu triturée par elle et son hobby préféré qui consiste à me faire battre le coeur trop fort et de triturer mon ventre avec ses mains anguleuses et perfides, j'ai eu un flash que j'avais envie de partager avec vous ... Même si l'angoisse m'empêche la plupart du temps de penser, y a émergé, cette fois, une piste plutôt intéressante.

Mon blog a eu 11 ans (on a, lui et moi, fêté son entrée en sixième, on était heureux...) et sérieusement, j'ai écrit combien de billets autour de la compulsion ? 50 ?

Non parce que je n'ai pas eu de goût pour le minimalisme (qui est encore un délicieux fantasme que je frôle par moment et qui se casse lamentablement la binette dans un ravin quelques semaines plus tard) par pure volonté esthétique, mais bien parce que j'achetais trop et que c'était très problématique (ça prend trop de place, éthiquement c'est super limite, c'est pas comme si on ne savait pas ce qu'implique la consommation excessive de mode, on ne peut pas se cacher pépouze en disant qu'on en savait rien).

J'ai toujours vu dans mon goût pour le shopping un léger "vice" mais un vice quand même, une "déviance", en tous cas, quelque chose que je devais combattre.

Rentrée 1987 (ce qui ne rajeunit personne mais c'est so "du-temps-d'avant-Sophie-Fontanel" de vouloir se rajeunir, du coup on s'en fout )

Allongée dans mon lit, demain je rentre en CE2 et ça me fait pas mal cogiter. C'est une rentrée un peu spéciale pour moi, je change d'école, après un CP et un CE1 passés dans l'école du village où vivent mes grands-parents. Et je dois avouer que ça me stresse beaucoup ... (ouais j'ai l'angoisse et l'insomnie précoces).
Je me retourne et me retourne espérant trouver le sommeil, mais il ne vient pas ajoutant à mon stress de la nouvelle école / des nouveaux copains (qui n'en sont pas encore, ce qui est bien là mon drame) / un nouveau maître / la peur ne pas assez dormir.
Ca tourne dans ma tête, impossible de me calmer.
Et puis je me mets à penser aux vêtements que je porterai le lendemain et d'un coup, ça me fait du bien. Ca me rassure. Habillée comme ça, je devrais pouvoir tout affronter ...
Un beau sweat / un beau jeans, que des trucs neufs qui me mettent en joie.
A mesure que je m'imagine déambuler dans la cour de récré, je me calme.
Je me calme tellement que je m'endors.


Novembre 2017 

Grosse rentrée donc. Pas méga en forme. Je dors comme une merde. Le coeur qui palpite, tout m'angoisse.
Sans surprise, je ne réussis pas à penser comme il se doit.
Ca me soule parce que ça allait tellement mieux l'an passé. Certes, c'est une période un peu compliquée, pour des vraies raisons, mais ça ne m'aide pas du tout d'angoisser comme ça, ça aggrave clairement la situation et en plus, ça ne me rend pas vraiment pragmatique. Bref, ça me coûte beaucoup et me rapporte peu.
Et puis je me retrouve sur Asos, le week-end du Black Friday et je zone d'une page à une autre. Et je me calme. Très vite.


Comme 30 ans en arrière, face à un moment de crise (rentrée d'école ; décès ; attentes de résultas médicaux, qu'importe la crise) je me calme sous une pluie de futilités. Et je lui en suis, ce jour-là, reconnaissante. J'aurais peut-être préféré que mon symptôme ait plus la classe, soit plus altruiste, plus constructif, créatif même peut-être, qui sait ... Mais ce soir, je le prends exactement comme il est. Même s'il a pas la côte, même s'il est vulgaire, je le prends parce que sans lui, je le sais, ça serait pire ...

Longtemps, vraiment longtemps j'ai considéré mon symptôme comme étant LE problème, pourtant,  en sentant l'apaisement sur la page d'Asos, j'y ai vu la béquille que je m'y étais construite enfant pour essayer d'arrêter d'avoir le coeur qui palpite trop vite et le ventre qui serre.

A l'échelle de la planète, acheter plein de trucs c'est mauvais pour l'environnement, pour les humains qui travaillent dans des conditions déplorables, pour plein de trucs, c'est vraiment de la merde.

Mais pour moi, ce soir-là, ça a été un moyen de faire diversion et de m'apaiser un peu. Mon stratagème est éthiquement très discutable mais je l'ai construit à 7 ans, un truc bancal avec les moyens du bord donc.

Ce n'est pas comme s'il ne faudrait jamais réfléchir au caractère plus que discutable de ma démarche, mais en attendant que ça s'apaise un peu autour de moi, je vais chérir mon symptôme encore pour quelques jours.


Ps: J'ai absolument conscience du caractère étonnant de cette réflexion au vu de ce que j'ai toujours combattu dans le blog mais à situation exceptionnelle réflexion exceptionnelle (qui implique un  étrange resserrement autour de ce qui fait du bien tout en négligeant toute considération éthique. Une temporalité étroite, du jour le jour. ) 

Je vous embrasse 






CONTINUER LA LECTURE

25.11.17

CHARLOTTE GAINSBOURG / REST

charlotte gainsbourg



Bon un peu comme pleiiinnnnnnnn de gens, j'aime beaucoup Charlotte Gainsbourg.

J'attendais la sortie de son album Rest avec beaucoup d'impatience, notamment après l'écoute de la chanson éponyme.


J'ai pas forcément grand chose à vous dire, hormis que son disque est cool et plutôt triste. Y'a quelque chose chez elle coincé entre l'introspection et la grande assurance que je trouve extrêmement fort.
Et puis elle fait vraiment plein de trucs, des trucs dans lesquels elle est quand même vachement douée.

Bref.

Je vous laisse là avec quelques vidéos / interviews / remix / clip que j'ai aimés.

A vendredi.









CONTINUER LA LECTURE

22.11.17

RÉ-INVENTION PARTIE 2

virginie-despentes






Sam Cook / fin du game


"Nous façonnons d'abord nos habitudes puis nos habitudes nous façonnent"
John Dryen


Bonjour à tous.

Je reviens dans ce deuxième billet autour de ce concept de "ré-invention " de soi ( la première partie est visible ici ) et vous parler de ma propre expérience.

Pendant très longtemps (ma vingtaine) j'ai été très friande des trucs qui tournaient autour du développement personnel, vous le savez j'en ai souvent parlé. Je pensais sincèrement qu'on pouvait  "se changer de l'intérieur", après un "déclic" qui allait me permettre de me débarrasser de mes mauvaises habitudes.

Arrêter de fumer ?  " Je le ferai quand j'aurai le déclic"
Faire du sport ?  Pareil ...

J'ai longtemps cru que pour modifier ses habitudes il fallait qu'un changement se soit opéré en moi ... Aujourd'hui, je pense plus que pour modifier ses habitudes, il faut juste ... ben modifier ses habitudes... Quitte à le faire sans conviction, d'expérience, elle n'aide pas forcément à passer à l'action de toutes façons.

Moi, j'inversais le processus mais c'est bien le changement d'action qui a modifié mon "intérieur" et non l'inverse.

Leo Babuta (dans son très efficace et intelligent blog Zen Habits ) aborde cette question du changement d'habitude et conseille quelque chose de vraiment très simple mais méga efficace :
Pour modifier une habitude, effectuez un petit changement. Vous voulez refaire du sport, commencez déjà par sortir 5 minutes de chez vous pour marcher ... Et puis augmentez petit à petit... Répétez... Pas trop ... Un peu mais souvent...

Plus que d'attendre un déclic, ce qui a plus de chance de marcher est de faire un petit peu, sans conviction profonde, avec juste une légère envie, mais de faire un peu quand même ... Ce qui compte c'est de FAIRE. De sortir de son fantasme de bien faire, de faire parfaitement, juste FAIRE.

( J'ai eu en cours cette année des déclinaison des niveaux de motivation "extrinsèque" et j'ai trouvé ça hyper instructif pour comprendre pourquoi face à certaines activités pourtant "importantes" à faire pour nous, on baissait très vite les bras. J'en vous parlerai très vite )

Donc je vous disais que dans mon cas, la question autour de la  Ré-invention se situait surtout sur le pôle du "divertissement".

En tous cas c'est ce que me "pose le plus de problème" et qui me met des bâtons sa mère dans les roues.

Avec l'internet, j'ai l'impression de mal gérer mon temps et autant j'ai plein d'envies et de projets que j'aimerais pouvoir réaliser autant, dés que j'ai un moment, je me retrouve vautrée à pas faire ce qui, à long terme, serait le plus "bénéfique" à ma vie.

Alors se "détendre" c'est pas forcément un mal et ç peut-être bien de glander mais ces trucs sont méga chronophages et c'est pas comme si la vie ça durait 1000 ans .

Donc,  mon cheval de bataille de ré-invention, c'est celui-ci.

Pour m'aider, j'essaie de renverser le rapport que j'ai au temps : "Du court au long terme"

Dans ce cas là, changer de temporalité d'action est, je trouve, plutôt une bonne piste (en tous cas pour le moment, ça me parait plutôt pertinent) puisque la particularité du divertissement est qu'il se vit (et s'apprécie) dans le court terme.
Le divertissement systématique (typiquement vidéo Youtube / télé) s'accommode mal d'un temps envisagé sur du long terme.

Sortir du kiffe à court terme pour aller vers du kiffe moins immédiat (voire un peu de la galère) mais possiblement plus puissant.

Dans ce concept de "ré-invention", c'est tout un rapport à la temporalité qui est questionné finalement. (autant dans l'arrêt de la consommation d'alcool que dans me fait d'arrêter de se mal glander en matant des trucs qui ne servent qu'à passer le temps).
La jeunesse ne sait pas qu'elle va vieillir, elle crame tout, n'envisage pas la vie autrement que comme une succession de lendemains qui ne définissent rien, tout est réversible dans la jeunesse, rien ne compte, rien n'est définitif.
Vieillir c'est aussi prendre conscience que, justement, on va vieillir et que bien vivre sa vie, si on veut continuer à la mener le mieux possible nécessite quelques réglages.


Je vous embrasse et vous dis à bientôt 

CONTINUER LA LECTURE

5.11.17

RÉ-INVENTION

virginie-despentes-face-a-l-etat-du-monde-du-travail-je-ressens-un-desespoir-absoluM187859


 


 Salut à tous.
J'avais envie de vous parler de la notion de ré-invention de soi.

L'idée est venue après avoir lu une interview de Virginie Despentes (que j'admire depuis toujours. Au-delà des livres qu'elle écrit, tout ce qu'elle dit est, je trouve, particulièrement inspirant, notamment dans le regard qu'elle porte sur le fait d'être une femme. Tellement intelligent, tellement rafraîchissant).

Bref, donc elle racontait dans cette interview le moment, où, aux alentours de la trentaine, elle avait pris la décision d'arrêter de boire de l'alcool, alors même qu'elle avait toujours adoré ça.
Il avait fallu à un moment donné qu'elle pense à se "ré-inventer".

Le style de vie qu'elle avait toujours eu allait, à son sens, mal s'accommoder avec le fait de vieillir et avec le fait d'écrire.
Ce qu'elle avait adoré faire, boire et la fête, n'était plus aussi joyeux que ça et ses lendemains de beuveries étaient de plus en plus des moments de gêne pour elle.
Elle a alors décidé d'arrêter de boire imaginant que ça aurait des conséquences intéressantes pour elle en tant qu'individu.


Environnement différent (cause) = Ré-invention de soi (conséquence)

(Alors c'est basique mais je ne compte plus le nombre de fois où moi et mes congénères on a pensé qu'une cause similaire, que l'on répète inlassablement, aura des conséquences différentes ... Et puis "pleurer" de constater qu'en fait non, ça n'a toujours pas marché)



Pour Despentes, ça allait au-delà du "j'arrête de boire pour pas vivre ma vie bourrée et mourir jeune", il y'avait derrière cette décision une vraie démarche, une modification générale de son système.

J'ai trouvé ça très intéressant et ça a particulièrement fait écho en moi.

Je devais bien être admettre que certains fonctionnements dans lesquels j'étais figée et que je prenais même pour des composantes de ma personnalité, ne marchaient plus vraiment et faisaient un peu peine plutôt qu'autre chose.

Un peu comme quand vous découvrez que le maquillage que vous avez fait toute votre vie d'un coup ne marche plus et qu'il ne vous flatte plus du tout. Le visage a un peu vieilli, les traits un peu changés et ce qui était évident ne l'est plus.

Deux choix se présentent alors : 1) chialer sur ce qui n'est plus ou au contraire 2) voir ce qu'il est possible de faire avec ces toutes nouvelles données.

Mais le vrai problème qui se pose face à ce "dilemme" (qui dans le fond n'en est pas vraiment un, qui a envie de pleurer sur ce qui n'est plus plutôt que d'envisager l'après) c'est que le second choix, même s'il semble idéal, ne dit rien de la voie qu'il faut emprunter. Et devant la grande inconnue on a souvent tendance à privilégier l'insatisfaction.

Si certains restent dans leurs fonctionnements aussi destructeurs ou "vaguement pourris" soient-ils, c'est, peut-être, parce qu'englués dans leurs habitudes, ils ne savent pas comment s'y prendre.

C'est pas facile de sortir de ce qui nous a toujours constitué ... Même si on peut basculer dans la pathétique, et qu'on le sait, si on ne connait pas la route à prendre, on ne bouge pas !

L'exemple de la consommation d'alcool est parfait.
Un jour on vieillit et consommer de l'alcool à outrance devient moins cool et commence à nous foutre tellement la honte et à nous mettre dans des situations tellement nazes qu'on voit bien que ça serait bien d'arrêter. Pourtant, ça ne change pas toujours ...

Je ne crois pas que les gens n'y voient pas de problème (j'exclus évidement les malades alcooliques de  cette réflexion vu que c'est une maladie, les choses y sont conséquemment très différentes), je pense que la piste à creuser se trouve plutôt du côté de la promesse de la suite ... "Arrêter de boire, ok, mais pour faire quoi ? Qu'est-ce que je gagnerais à le faire ?" (je vous ai à mort teasé sur la motivation, je vais faire des billets là-dessus courant du mois, mais j'ai un premier dossier à rendre à la fac le 13 novembre, du coup j'attends que ça passe avant de m'y mettre).

J'ai connu pas mal de gens autour de moi qui ont continué à beaucoup boire malgré cela (je ne les juge pas chacun fait comme il veut) mais ça serait mentir de dire qu'ils vivaient leurs beuveries avec la même insouciance à mesure que les années défilaient. De toutes façons, le corps, à sa manière, dit de plus en plus à quel point c'est un comportement qui lui pose problème.

Alors parfois, les ré-inventions s'imposent à nous (des ré-inventions dont les causes seraient extrinsèques) et la parentalité en est un excellent exemple.
Notre identité face à ce type de bouleversement est forcément en mouvement. On est plus "l'enfant de", on est "responsable de", "un individu dont on a la charge porte un regard sur nous" (...) tout un tas d'éléments qui modifient forcément notre rapport au monde et à nous-même.

Alors ça ne veut pas dire pour autant que les parents prennent à bras le corps ces modifications d'environnement et les optimisent, ça peut parfois (souvent même) intimider tellement que la ré-invention à effectuer semble ne pas être à notre hauteur. Mais j'ai beaucoup d'exemples autour de moi d'amis devenus parents qui ont su se ré-inventer dans ce nouveau rôle (savoir que nos actions n'ont pas que des conséquences directes sur nous mais influe sur un individu autre que nous-même c'est tout de même une sacrée pression... Et c'est pas comme s'ils pouvaient se défiler).

Moi je n'ai pas d'enfant et n'en aurais probablement pas, du coup, la parentalité je ne sais pas ce que c'est, alors c'est vite fait de vivre toute sa vie comme à 15 ans et rester figé dans un état insatisfaisant mais pour autant maintenu.

Il faut être vigilante et savoir reconnaitre les signes. Des inconforts naissent quand on vieillit, on sait que les choix faits auront des conséquences directes et continuer à le nier ne règlera rien.

Ce concept de "ré-invention de soi" n'est en rien un truc à la mord moi le noeud de la meilleure version de soi-même (ouais je traite mais les dérives libérales autour de ce type de concept me pose de plus en plus de problème). C'est pas ça du tout, c'est plutôt lié à une évolution qui n'est pas là pour rendre plus productif ou je sais pas trop quel autre truc, c'est plus quelque chose qui consiste à continuer à être en mouvement et à ne pas continuer à rester dans des comportements inadaptés à soi et qui ne font que se scléroser à mesure que le temps passe. Notre insatisfaction est un excellent baromètre et apprendre à s'écouter sincèrement et sans complaisance une bonne piste de résolution.
C'est plutôt quelque chose qui consiste à être en accord avec soi et en accord avec soi dans le temps qui bouge. Admettez que rester le même individu entre 12 et 80 ans ça fait moyen rêver ...

Comme ces histoires de bonheur, la ré-invention n'est pas un phénomène de "normalisation" consistant à faire rentrer les individus dans des cases pré-définies, non et c'est bien sa difficulté, se ré-inventer est phénomène on ne peut plus singulier.

Il nécessite de se questionner profondément sur soi, de comprendre ce qui inhibe notre "puissance d'être" (vous noterez que je suis dans l'emballement le plus total ... L'enthousiasme est on ne peut plus premier degré).

Comme j'étais plus longue que prévu, je vous fais un billet rapidement pour vous parler de ce qui pose problème dans mon cas à moi ( c'est pas l'alcool mais c'est plutôt quelque chose autour du "divertissement" qui me prend trop de temps et qui ne m'en laisse pas pour les choses qui comptent pour moi).

Je vous embrasse



CONTINUER LA LECTURE

29.10.17

EACH AND EVERY ONE

FullSizeRender-7





Je viens juste d'apprendre que mon père adorait le premier album de Everything but the girl, Eden, celui où il y'a le très beau  Each and every one.


Pour tout dire, je ne pouvais qu'apprendre des nouveaux trucs sur lui, puisque je ne savais, dans le fond, pas grand chose à son sujet, juste quelques souvenirs en désordre :

Il aimait les mots croisés, Hendrix, les chaussures Paraboots, les pantalons en velours, la moustache, les chemises à carreaux et celles pas à carreaux, lire, pas montrer qu'il était fier de ses enfants même s'il l'était (c'est les autres qui me l'ont dit), être bougon, pas être tout seul, le groupe Ange, Michel Jonasz, Aznavour, la bière (trop  !), Reggiani, ses copains, le bistro, voyager, une jeune fille blonde à qui il lisait des poèmes de Baudelaire quand il était au lycée et qu'il regardait transi d'amour, se balader en peignoir Yves Saint Laurent, les photos qu'il accrochait partout, absolument partout. Et cuisinier aussi.
Et il aimait aussi Everything but the girl visiblement mais ça je l'aurais jamais deviné.

J'essaie de reconstruire un portrait un peu différent de celui que je m'étais imaginé enfant.

J'arrête pas de me demander, depuis que je suis sûre qu'on ne pourra plus jamais en discuter, si j'ai des regrets, si j'avais des trucs sur le coeur dont je devais absolument me soulager ... Mais je ne vois rien papa.
Pourtant j'avais entendu ça toute ma vie, "dis bien ce que tu as à dire... C'est important de ne pas regretter, une fois que les personnes ne sont plus là, on ne peut plus revenir en arrière".

Pourtant je ne le sens pas comme ça papa.
C'est juste que la rencontre s'est jamais faite entre toi et moi. On a essayé, chacun pensant y mettre de la bonne volonté, mais c'est pas aussi simple de le vouloir que de le faire en vrai.

Papa, je crois qu'il y'a des tristesses qui engourdissent les gestes et qui rendent incapable de parler, de dire ce qu'il ne va pas, ou même de vouloir arranger les choses.
Y a même des tristesses dont on ne sait pas qu'elles en sont.
C'est comme ça papa.
Je suis désolée qu'on ne se soit jamais vraiment rencontré.

On était gauche, empoté l'un avec l'autre, c'est comme ça même si j'ai l'impression qu'on était au max.

On était pas vraiment fâché, peut-être un peu remontés l'un contre l'autre, se renvoyant nos reproches mutuels imaginant que "c'était toujours la faute de l'autre et que l'autre ne faisait pas d'effort, même pas celui de la compréhension...". C'est juste que ça c'est pas fait papa, à quoi ça servirait de regretter ?

De la pudeur, un peu de colère et beaucoup d'incompréhension, je crois que c'est jamais très simple les familles tu sais, même celles où on est pourtant sûr que ça se passe bien (ils mentent papa y'a pas que nous qui avons raté, eux aussi c'est juste qu'ils le disent pas toujours et qu'ils se font un malin plaisir à nous démontrer que "la vie est belle et que la clé de tout ça c'est la communication"... Ouais on se doutait bien de ça toi et moi mais bon on y arrivait pas que veux tu... Alors leurs techniques à la mords moi le noeud on pouvait pas en faire grand chose).

C'est bizarre tu vas penser que je bloque sur ce morceau de Everything of the girl mais c'est parce qu'il est tellement éloigné de l'image que je me faisais de toi ... T'es plus cette évidence paternelle, ce cliché que je croyais.

D'un coup t'as de nouveau 7 ans, 16 ans, 25 ans et t'es autre chose  que ce père qui "s'en foutait de moi et qui pensait qu'à lui". Avec une chanson ? Tu te dis que c'est bizarre ... ouais je sais, je ne me l'explique pas non plus.

Toutes ces histoires qu'on m'a raconté ces derniers jours sur toi m'ont montré à quel point t'étais aussi autre chose que tout ce que je m'étais toujours raconté à ton sujet.

J'avais oublié que les choses sont souvent plus nuancées que ce qu'elles semblent être quand on les regarde trop vite papa,.

Je t'embrasse fort. 

CONTINUER LA LECTURE

2.10.17

LACONIQUE #6 EDDY DE PRETTO / FÊTE DE TROP

eddy-de-pretto-1-c-axel-morin-2-copie-810x540



Yassine hier au téléphone ( si vous êtes nouveau sur le blog,  Yassine c'est mon poto de la vie) : "Tu devrais écouter Eddy de Pretto. Tu vas voir c'est vraiment bien!"

Moi : "Ouais ouais ..."

(Normalement c'est moi qui parle des trucs nouveaux du coup je l'écoute un  peu que d'une oreille. Que d'une oreille snob en plus c'est la pire)

Lui : "Non mais si vas-y parce qu'à chaque fois tu fais ça, tu mets du temps à écouter et puis après c'est relou" (argument imparable contre lequel je ne peux plus lutter).

Moi, docile : "Ok"

Il avait raison, Fête de trop de Eddy de Pretto est une chanson qui fait méga plaisir.

Je l'écoute un peu en boucle depuis hier du coup.

Bonne journée et à demain !





CONTINUER LA LECTURE