Écoute! J'te jure ça fait plaisir...
Ce billet date de novembre 2008
Moins est plus...
Oui définitivement c'est ce que je pense de la mode. Je ne suis pas radicale et aime la pluralité mais lorsque je réfléchis à ma véritable conception du "beau" en sapes, j'en viens fatalement à me dire que j'aime le simple. Le moins. Systématiquement.
Cet été, j'ai passé beaucoup de temps avec un jeune homme, bien fait de sa personne, brillant et étudiant en architecture. Parler avec lui de la "construction" et de la "déconstruction" a eu un effet important sur ma perception du beau associé au vivable, pratique et agréable.
Plus nous parlions, plus j'avais l'impression que, certes dans une moindre mesure, les problématiques de l'architecture et de la mode étaient proches.
Les choses dans lesquelles nous évoluons (vêtements ou habitats) se doivent d'êtres jolies, plaisantes et pratiques.
Je n'étais pas sensible à mon environnement citadin. Je ne faisais aucun lien entre l'immeuble et le bien-être. Et je me trompais. Et ce jeune homme bien fait de sa personne me l'a démontré...
En lui parlant de mon amour du minimalisme et de la pureté de la ligne, il se met à évoquer Mies van der Rohe. Architecte allemand auquel on doit cette fameuse formule "Less is more".
Mies, soyons familière, est le constructeur, avec ses gros bras et son gros cigare, de la fameuse Farnsworth House dans l'Illinois. Une maison "pure". Droite. Épurée. Sans fioritures, utilisant l'environnement extérieur comme une vraie prolongation de la construction humaine.
Et de la Villa Tugendhat en République Tchèque.
Du verre. de
l'acier. De la pierre. Du vaste... C'est encore plus beau que du
Balenciaga tellement ça a été intelligemment pensé.
Alors ce concept du "Moins" en architecture???
Le "Moins" est, de la manière la plus simple, une épuration.
Une
des choses qui m'a le plus intéressé dans cette histoire de "mise au
net", c'est la réflexion à contre courant sur laquelle elle se basait.
Des éléments pensés s'opposant très clairement aux mouvements architecturaux du Rococo ou de l'Art nouveau pour ne citer qu'eux.
L'Art
"chargé" (désolée pour le vocabulaire, je suis néophyte) est blindé de
références artistiques, culturelles, historiques, naturelles,
animales... Il s'agit bien de culte du Beau. De l'art pour l'art,
complètement éloigné des réalités sociales et industrielles du moment
(téléphone, radio, voitures, aviation naissant à cette même période).
"Less
is more" apparait alors comme une réponse radicale, s'inspirant des
lignes pures de l'industrie naissante... Il s'agit bien au bout du
compte de rallier la notion de pratique à celle du beau. Il s'agit
aussi de réfléchir à un autre beau, de réinventer quelque chose sans
aucune référence ancienne. Une vraie démarche artistique moderne en
quelque sorte.
Les habitations se devaient d'être fonctionnelles, et chaque chose se devait d'avoir une utilité...
Le
couturier Paul Poiret en supprimant les silhouettes féminines du corset
a souhaité faciliter la marche, alléger la silhouette. En abandonnant
les dentelles, les postiches il devient partisan d'une certaine
simplicité en mode.
Et comme il voulait une "Surfaces unies,
arêtes vives, courbes nettes, matières polies, angles droits, clarté,
ordre. C'est ma maison logique et géométrique » il fit construire la
Villa Paul Poiret par l'architecte Robert Mallet-Stevens... Très "less
is more" cette histoire!
Ok j'en ai fini avec mes digressions...
Il
y a 3 ans, je lisais une interview d'Helena Christensen où la beauté
(mon dieu qu'elle est belle elle) expliquait qu'elle mettait peu de
bijoux.
Que quasiment à chaque fois elle trouvait que ça faisait "trop". Ce
"trop" est quelque chose qui ressort régulièrement face aux femmes qui
vieillissent. Le trop n'existe pas à 15 ans. Ni à 20 d'ailleurs. Mais,
souvent, plus les choses avancent et moins les femmes se maquillent,
moins elles chargent.
Même si je ne suis pas fan de
Calvin Klein ou de Jill Sander en mode, lorsque je regarde ce qui me
plait le plus à l'oeil, je suis fatalement attirée par l'épuré. L'épuré
ne valant, de mon point de vue, que s'il est pensé.
En mode la
qualité première de ce qu'on appelle le casual, c'est le confort. Et
donc par extension la fonctionnalité. Le vêtement se doit d'être
pratique et confortable. Je ne veux plus être entravée, déguisée,
chargée, cocottée, parce que ce n'est juste pas moi. Et le vêtement
permet de traduire à l'autre ce que j'ai en moi. Le vêtement, même
simple, est une traduction de ce qui se passe en moi. De ma conception
du joli.
Ceci dit, je trouve que le "fonctionnel" ne prend
véritablement son sens que dans la pluralité. Une pluralité marquée par
les couettes fluos, les longs manteaux noirs gothiques, les talons
vertigineux bleu électrique, les joggings en soie travaillés, les jupes
droites et vaguement vicieuses, les cravattes, les crêtes, les nattes
fleuries et les carrés lissés...
Les choses seraient
bien tristes si tout le monde était adepte du casual comme je le suis.
J'aime que les choses soient diversifiées, alambiquées, compliquées
aussi en mode. Ce n'est pas pour moi mais j'aime que ces choses
existent...
Mais j'aime que les choses simples soient finalement
aussi réfléchies que les plus "travaillées"... Et j'ai l'impression que
ces choses valent pour tout ce qui a attrait à la construction et aussi à
la déconstruction...
Et pendant ce temps là, y en a qui continuent à dire qu'on est que futile...
Marie aka McFly vous souhaite une bon samedi 29 septembre 2012 ♥


































