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28.8.17

FAIRE SIMPLE

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(Magnifique photo de Tom Bianchi)






" Au commencement, d'abord faire simple " 

Petit post RTT pour fêter cette rentrée qui approche ...


En à peu près 15 ans (à la louche, à quelques mois près) j'ai traversé un nombre de crises existentielles colossal.
Vous en savez quelque chose puisque le blog était mon lieu privilégié pour en parler.


À la Montaigne, "Ma vie a été constituée de grands malheurs dont la plupart ne sont jamais arrivés" (vous avez lu cet article de Slate qui se demande si Montaigne n'a pas été le premier blogueur de l'histoire?).


De toutes ces "crises" de gens qui font des crises sans raisons apparentes "solides" (aka moi) il ne me reste pas grand chose ... Je les ai pour la plupart oubliées.

M'ont-elles rendue plus profonde ? Plus lucide ? Mieux armée ?
Dans le fond, je ne crois pas tellement.

Le problème de ce vide d'ennui, c'est qu'il a l'apparence de la profondeur voire de l'intelligence, ce qui peut empêcher de le prendre pour ce qu'il est probablement : un état d'insatisfaction plutôt simple, lisible et évident et sûrement pas ce truc alambiqué, et mystérieux qu'on n'arrive pas à déchiffrer et dont on se sent victime.

Ce vide là a tendance à se donner des grands airs et peut même adopter, dans ses fucking drama queen jours, un look à la Baudelaire ô combien poseur ( aka le spleen, cette douce mélancolie douloureuse et plaisante dans laquelle on peut vite se complaire).

C'est peut-être pour ça que c'est un état dont il est difficile de sortir puisqu'on peut facilement le prendre pour tout autre chose que ce qu'il est (genre un état dénotant une intelligence d'être par exemple, voire une sensibilité au monde toute particulière).
Parce qu'aussi relou que soit le coeur lourd, il est toujours plus facile de l'accepter que de regarder directement les choses et les insatisfactions de notre vie pour les prendre en main.

Je ne crois pas qu'il y ait ("de bonnes ou de mauvaises situations") de magie là-dedans, en tous cas dans mon cas, juste une absence de pragmatisme (je suis pas forte pour le pragmatisme).

En fait j'allais mal. Ouais c'est vrai . Mais en fait, pourquoi j'allais mal ? Parce que je ne méditais pas assez ? Ou parce que je ne me levais pas assez tôt ? Vous vous marrez, mais j'y ai cru.
Mais en fait, ça n'était pas cela, c'était plus simple, ma vie du côté pro ne me plaisait pas parce que je m'y ennuyais .
Pas de simplisme, il y'a d'autres choses mais cet ennui en moins a été un soulagement sans nom.

Cette année aura été, en plus du plaisir pris à ré-apprendre des tas de trucs, une année où la simplicité s'est imposée à moi. Cette année, j'allais bien. Pas un truc béat où tout roulait, non, mais j'ai diminué mes angoisses par 5 au moins (ouais les angoisses c'est comme les maths) et ça, c'était très cool.

Mon coeur lourd, mon vague à l'âme, ma flemme triste (meilleure définition je crois) c'était de l'ennui, notamment intellectuel. Je le sais pourtant que l'ennui craint parfois mais je l'oublie à chaque fois ...

Cet ennui là a été fatal, il m'a diminuée et m'a rendue triste... Tu sais ces conneries de "sens de la vie" ou alors ce truc " qui te fait lever le matin", ben ouais ces trucs triviaux, ces trucs normaux, ces trucs de la vraie vie, ce truc des vrais gens, et bien ces trucs là, ils sont importants pour moi comme pour les autres. Cette année a été l'année de la renormalisation, d'un retour à la vie simple. Je suis descendue de mon estrade (qui m'a rassurée quand ça n'allait pas) et j'ai accepté d'être comme tout le monde, plus de hiérarchie, plus (trop) de snobisme et de connasserie.
Je ne réussissais pas à trouver du sens, de l'envie dans le rien, dans l'ennui, dans la flemme triste (comment je l'aime celui-là), ce sens s'est imposé à moi dans la vie normale.


Il y a quelques mois, je vous ai parlé des fond de teint, du pouvoir du marketing Ici
et sur ma prise de conscience tardive de mon incapacité à ne pas tenir compte de ce qui me saute aux yeux.

Et bien là, c'est pareil. Avant de regarder très simplement les choses pour tenter de comprendre ce qui n'allait pas dans ma vie, j'ai :

- Tenté la morning routine

- Essayé de méditer tous les jours

- Tenté de trouver un sens à la vie dans des livres

- Essayé de me "recentrer" sur moi

- Discuté / Analysé / Rediscuté

- ...



Devinez quoi ? Ca n'a pas vraiment marché.
Je ne dis pas que ces choses ne fonctionnent pas, dans le fond sûrement que si, des gens semblent le vivre autrement, mais mon problème c'était que je cherchais des améliorations de "détails" alors que le gros du gros, je ne l'avais pas. Je chipotais !

Un peu comme si j'hésitais entre le gris taupe et le marron pour les murs de ma maison alors que, je n'avais ni maison ni même de projet de maison.

C'est mon amoureux qui m'a mise sur la piste (évidente) à chaque fois que je lui faisais part de l'inefficacité de mes "traitements" quotidiens ... et lui qui me disait " Tu sais je pense que le fond du fond de ton insatisfaction, c'est que tu ne fais pas ce que tu aimes ..."
"Mais je sais ce que je veux, c'est écrire des livres ..."
"Mais là, tu as du temps et pourtant, tu n'en écris pas des livres. Peut-être que ce n'est pas ça ce que tu veux, là maintenant !"

C'était vrai, je me suis cachée derrière le "grand rêve" pour ne pas vivre la vie de tous les jours et de réussir à en faire un truc que j'aime. Vivre agréablement plutôt que de rêver et d'attendre. Parce que du temps disponible j'en avais mais je l'utilisais à regarder des vidéos Youtube souvent déprimantes (j'ai travaillé cette année sur les ressorts de la motivation, rapport que ça m'intéresse, et je vous en parlerai tant ça a été instructif sur mes mécanismes).

En vous le disant, je me rends compte à quel point c'était évident, mais dans mon quotidien, j'avais du mal à regarder cette réalité droit dans les yeux.
J'avais pas envie de renoncer mais c'était vrai, je ne mettais rien en place pour le réaliser ... Mettre cela sur le compte de la "lâcheté" ou de la "paresse" n'a aucun sens. Je me trouvais inlassablement des excuses, c'était autre chose.

Et puis il y a eu cette année qui, au-delà même du plaisir pris, m'a appris l'endurance "intellectuelle" dont je ne savais rien et des méthodes de travail qui marchent sur moi (j'y reviendrai dans un futur proche sur le blog).


Alors si je devais "théoriser" ce que cette expérience m'a appris, je dirais qu'il "faudrait" tâcher d'être objectif et sincère avec soi. Ne pas affronter le "véritable" problème par peur / lâcheté / angoisse et trouver des solutions sans rapport ne peut pas marcher.

Si on ne le fait pas, c'est parfois parce qu'on est  gêné de ressentir certaines choses, comme par exemple que telle relation nous empêche d'être bien. On a peur de blesser, peur parfois même de regretter alors on fait diversion et on cherche la solution ailleurs tant régler ce problème là nous parait au-dessus de nos forces...
Mais il ne faut pas être dupe, la solution à un faux problème n'améliorera rien.

En tous cas, ce que je voulais vous dire c'est que ma flemme triste était juste une manière assez simple qu'avait trouvé mon esprit pour me dire qu'il s'emmerdait franchement et que de mes espèces de solutions-subterfuges, il n'était pas dupe.
L'esprit était moins mystérieux qu'en apparence, il disait très simplement qu'il était insatisfait à cause de l'ennui et que mon "rythme de vie" ne lui convenait pas.
J'ai juste mis du temps à le comprendre.


Je vous embrasse et vous souhaite une bonne semaine. 

À très vite !





15 commentaires

Rita a dit…

Génial(e) comme toujours. Pourtant tu écris, et si bien, et tu publies! En tout cas, ayant eu la lucidité et le courage de rendre ta vie plus réaliste (quelque chose que tu vis et non un projet toujours hors de portée) et plus intéressante, bravo! Quant à moi, j'accepte de plus en plus mon côté rêveur irréaliste ET les limites de mon faisable.

Anonyme a dit…

hello Marie,
merci pour ton post qui fait du bien
amitiés à tou⋅te⋅s,
lenna

Bonnie Bulle a dit…

Ouille, ça pique là où il faut. Le truc c'est que de la flemme triste si joliment définie je suis passé à la franche angoisse et déprime. Avec le leitmotiv de tenir encore tant que but il n'y a pas de plus précis pour l'après. Mais l'après quoi? Le jour où on trouve le courage de sortir de sa propre inertie et des contraintes qui nous lies. Les contraintes qu'on a acceptées mais qui nous paralysent. .. Des réalités très pragmatique il y en a c'est sur mais doivent elles tout empecher? J'en suis là. Merci pour tes textes qui piquent et font du bien. La bise

Libellule a dit…

Ça me parle! Ça me parle! Ça me parle!
Très bonne analyse, très juste et complète.
Moi, avoir un enfant m'a bien remis les pieds sur Terre et fait oublier ce qu'est l'ennui :-) !!! Mais j'ai quand même peur du retour de cette "flemme triste" quand je ne serais plus une maman à temps plein dans quelques années.
Merci beaucoup pour ce post qui remet les choses à leur juste place et donne à réfléchir. Et plus globalement merci pour ton blog!

Anonyme a dit…

Aaaaah mais quel plaisir de te lire à nouveau!
Après un week-end perdu dans un état quasi-léthargique, je sens que cet article va cogiter quelques jours par chez moi, merci pour ce boost!

Sarah

Olivia a dit…

Ha l'ennui ,beaucoup en souffre et c'est là que je me rend compte que je ne m'ennuie jamais..j'ai cette chance, il parait que c'est quand on est bien avec soi même que l'on ne connait pas l'ennui 😉et où en es tu sir le plan 'poids, sport,etc..?bisous Marie et vraiment ravie de ton vrai retour!😁😉😘❤

Jessica a dit…

Comme ça me parle, sauf que j'en étais à ne pas pouvoir mettre des mots sur mon ressenti.
J'espère que tu vas continuer à nous faire part de cette (r)évolution.
Je pense lire et relire cet article un sacré paquet de fois.
Merci Marie

Lucie a dit…

"Parce qu'aussi relou que soit le coeur lourd, il est toujours plus facile de l'accepter que de regarder directement les choses et les insatisfactions de notre vie pour les prendre en main."

Je te retrouve <3

Mhe a dit…

Bonjour Marie,

quel bonheur, ton retour !

Depuis que je suis maman, je ne pense plus trop au vide intersidéral que représente mon travail (RH et compta dans une Mairie). Plutôt contente du rythme qu'il me permet d'avoir avec mon fils. Mais dans le fond, je le gerbe, ce boulot.

Et puis, ton texte. Le fait que tu es changé de voie, que tu sois repartie faire des études, ça t'a permis ce déclic, cette analyse.

Mais sinon, cet ennui, ce mal-être, comment savoir comment le combattre. Comment savoir changer de cap. Comment savoir pour quoi nous sommes fait (au moment T, j'entends, pas pour la vie entière!).

Des bisous.

http://expresschauffagisteparis.fr/ a dit…

bon courage!

Anonyme Amande a dit…

c est tellement chouette de pouvoir te relire ! Tu as l air en effet beaucoup plus "legere"...
Je suis atteinte d insatisfaction chronique depuis fort longtemps, meme dans les periodes ou tout roule normalement, j ai ce sentiment que quelque chose craint ou doit etre ameliore pour que je me sente mieux dans ma peau.
A force de reflexions ces derniers temps je me disais que, peut etre que j avais toujours ete tellement insatisfaite dans ma vie, que maintenant mon esprit ne savait plus fonctionner que comme ca et que quoi qu il en soit, je n atteindra que tres rarement le sentiment sinon de pleinitude(faut pas rever) mais au moins de coolitude ou de vague bien etre... Mais c est triste aussi de se resigner ainsi...

Et puis il y a eu cette phrase que je vais bien mediter les jours a venir :

"Si on ne le fait pas, c'est parfois parce qu'on est gêné de ressentir certaines choses, comme par exemple que telle relation nous empêche d'être bien. On a peur de blesser, peur parfois même de regretter alors on fait diversion et on cherche la solution ailleurs tant régler ce problème là nous parait au-dessus de nos forces..."

Merci !

Kzoo a dit…

“Commence par faire le nécessaire, puis fais ce qu’il est possible de faire et tu réaliseras l’impossible sans t’en apercevoir.”

C'est une phrase de Saint François d'Assise qui trône sur la table de chevet de la chambre d'amis de mes grands parents.

Mafalda a dit…

Coucou,

On a toujours tendance à voir le négatif. Mais dans tes phases, elles sont plutôt normales et arrivent à la plupart d'entre nous, enfin je pense.
Le plus dur comme tu le décris, c'est de voir ce qui ne va pas, mais c'est d'en avoir le courage surtout, de vouloir y remédier.
Et forcément, voilà pourquoi tu tournes en rond avant de prendre le taureau par les cornes.
Parce que tout demande une réflexion, plus ou moins lente pour certains. Mais il faut se sentir prêt. Parce qu'affronter ce qu'on va trouver devant soi, il faut être armé.
Armé de volonté, de désir, de courage, d'acceptation....

Aussi, il ne faut pas se perdre et s'accepter comme on est. ça prend toute une vie. De s'accepter. On est fait de haut et de bas. Mais dans les bas, il faut en tirer du positif. Et remonter. Ne pas se laisser descendre. La chute est plus facile aussi.

Bref, j'apprécie tes billets, et sache que, je pense, que nous sommes tous à peu près remplis de doutes, de peur et puis nous avons chacun notre vécu qui nous aide à pouvoir être armé pour remédier à tout cela....

audrey sasha a dit…

coucou marie, super poste, ça fait plaisir de te lire à nouveau!!!! merci pour ce post
bisous

Marie a dit…


Riat : Accepter les limites de ton faisable, c’est très bien ça …

Lenna : Merci Beaucoup lent

Bonnie Bulle : Oui c’est effectivement à nuancer. Et puis il y a cette histoire de flemme triste et son confort. Ce qui complique encore plus les choses … Des bisous

Libellule : Oui je pense qu’effectivement l’enfant est « l’outil ultime », de retour sur Terre.
Merci Libellule pour tes mots

Sarah : <3

Olivia : Je vais refaire un point là-dessus bientôt ;-)
Bisous et merci!

Jessica : Merci :-)

Lucie : Merci …

Mhe: Je ne le sais pas vraiment … Surtout que j’imagine que les ressources pour lutter contre sont finalement très personnelles…
Merci pour ton commentaire.
Des bisous

Amande de mon coeur : Je suis contente d’être de retour aussi !
Alors oui je pense qu’on peut s’habituer à nos fonctionnement (même hostiles) au point de ne pas être capable de s’imaginer sans … Ce qui, dans le fond, craint vachement !
je t’embrasse

Kzoo: Elle est très belle effectivement !!

Mafalda: On est fait de hauts et de bas, oui c’est très juste… Même si c’est relou … Merci pour ton commentaire hyper sensé, ça fait du bien !

Audrey Sasha : Merci beaucoup Audrey… Notamment de ta présence encore ici.
Des bisous