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5.11.17

RÉ-INVENTION

virginie-despentes-face-a-l-etat-du-monde-du-travail-je-ressens-un-desespoir-absoluM187859


 


 Salut à tous.
J'avais envie de vous parler de la notion de ré-invention de soi.

L'idée est venue après avoir lu une interview de Virginie Despentes (que j'admire depuis toujours. Au-delà des livres qu'elle écrit, tout ce qu'elle dit est, je trouve, particulièrement inspirant, notamment dans le regard qu'elle porte sur le fait d'être une femme. Tellement intelligent, tellement rafraîchissant).

Bref, donc elle racontait dans cette interview le moment, où, aux alentours de la trentaine, elle avait pris la décision d'arrêter de boire de l'alcool, alors même qu'elle avait toujours adoré ça.
Il avait fallu à un moment donné qu'elle pense à se "ré-inventer".

Le style de vie qu'elle avait toujours eu allait, à son sens, mal s'accommoder avec le fait de vieillir et avec le fait d'écrire.
Ce qu'elle avait adoré faire, boire et la fête, n'était plus aussi joyeux que ça et ses lendemains de beuveries étaient de plus en plus des moments de gêne pour elle.
Elle a alors décidé d'arrêter de boire imaginant que ça aurait des conséquences intéressantes pour elle en tant qu'individu.


Environnement différent (cause) = Ré-invention de soi (conséquence)

(Alors c'est basique mais je ne compte plus le nombre de fois où moi et mes congénères on a pensé qu'une cause similaire, que l'on répète inlassablement, aura des conséquences différentes ... Et puis "pleurer" de constater qu'en fait non, ça n'a toujours pas marché)



Pour Despentes, ça allait au-delà du "j'arrête de boire pour pas vivre ma vie bourrée et mourir jeune", il y'avait derrière cette décision une vraie démarche, une modification générale de son système.

J'ai trouvé ça très intéressant et ça a particulièrement fait écho en moi.

Je devais bien être admettre que certains fonctionnements dans lesquels j'étais figée et que je prenais même pour des composantes de ma personnalité, ne marchaient plus vraiment et faisaient un peu peine plutôt qu'autre chose.

Un peu comme quand vous découvrez que le maquillage que vous avez fait toute votre vie d'un coup ne marche plus et qu'il ne vous flatte plus du tout. Le visage a un peu vieilli, les traits un peu changés et ce qui était évident ne l'est plus.

Deux choix se présentent alors : 1) chialer sur ce qui n'est plus ou au contraire 2) voir ce qu'il est possible de faire avec ces toutes nouvelles données.

Mais le vrai problème qui se pose face à ce "dilemme" (qui dans le fond n'en est pas vraiment un, qui a envie de pleurer sur ce qui n'est plus plutôt que d'envisager l'après) c'est que le second choix, même s'il semble idéal, ne dit rien de la voie qu'il faut emprunter. Et devant la grande inconnue on a souvent tendance à privilégier l'insatisfaction.

Si certains restent dans leurs fonctionnements aussi destructeurs ou "vaguement pourris" soient-ils, c'est, peut-être, parce qu'englués dans leurs habitudes, ils ne savent pas comment s'y prendre.

C'est pas facile de sortir de ce qui nous a toujours constitué ... Même si on peut basculer dans la pathétique, et qu'on le sait, si on ne connait pas la route à prendre, on ne bouge pas !

L'exemple de la consommation d'alcool est parfait.
Un jour on vieillit et consommer de l'alcool à outrance devient moins cool et commence à nous foutre tellement la honte et à nous mettre dans des situations tellement nazes qu'on voit bien que ça serait bien d'arrêter. Pourtant, ça ne change pas toujours ...

Je ne crois pas que les gens n'y voient pas de problème (j'exclus évidement les malades alcooliques de  cette réflexion vu que c'est une maladie, les choses y sont conséquemment très différentes), je pense que la piste à creuser se trouve plutôt du côté de la promesse de la suite ... "Arrêter de boire, ok, mais pour faire quoi ? Qu'est-ce que je gagnerais à le faire ?" (je vous ai à mort teasé sur la motivation, je vais faire des billets là-dessus courant du mois, mais j'ai un premier dossier à rendre à la fac le 13 novembre, du coup j'attends que ça passe avant de m'y mettre).

J'ai connu pas mal de gens autour de moi qui ont continué à beaucoup boire malgré cela (je ne les juge pas chacun fait comme il veut) mais ça serait mentir de dire qu'ils vivaient leurs beuveries avec la même insouciance à mesure que les années défilaient. De toutes façons, le corps, à sa manière, dit de plus en plus à quel point c'est un comportement qui lui pose problème.

Alors parfois, les ré-inventions s'imposent à nous (des ré-inventions dont les causes seraient extrinsèques) et la parentalité en est un excellent exemple.
Notre identité face à ce type de bouleversement est forcément en mouvement. On est plus "l'enfant de", on est "responsable de", "un individu dont on a la charge porte un regard sur nous" (...) tout un tas d'éléments qui modifient forcément notre rapport au monde et à nous-même.

Alors ça ne veut pas dire pour autant que les parents prennent à bras le corps ces modifications d'environnement et les optimisent, ça peut parfois (souvent même) intimider tellement que la ré-invention à effectuer semble ne pas être à notre hauteur. Mais j'ai beaucoup d'exemples autour de moi d'amis devenus parents qui ont su se ré-inventer dans ce nouveau rôle (savoir que nos actions n'ont pas que des conséquences directes sur nous mais influe sur un individu autre que nous-même c'est tout de même une sacrée pression... Et c'est pas comme s'ils pouvaient se défiler).

Moi je n'ai pas d'enfant et n'en aurais probablement pas, du coup, la parentalité je ne sais pas ce que c'est, alors c'est vite fait de vivre toute sa vie comme à 15 ans et rester figé dans un état insatisfaisant mais pour autant maintenu.

Il faut être vigilante et savoir reconnaitre les signes. Des inconforts naissent quand on vieillit, on sait que les choix faits auront des conséquences directes et continuer à le nier ne règlera rien.

Ce concept de "ré-invention de soi" n'est en rien un truc à la mord moi le noeud de la meilleure version de soi-même (ouais je traite mais les dérives libérales autour de ce type de concept me pose de plus en plus de problème). C'est pas ça du tout, c'est plutôt lié à une évolution qui n'est pas là pour rendre plus productif ou je sais pas trop quel autre truc, c'est plus quelque chose qui consiste à continuer à être en mouvement et à ne pas continuer à rester dans des comportements inadaptés à soi et qui ne font que se scléroser à mesure que le temps passe. Notre insatisfaction est un excellent baromètre et apprendre à s'écouter sincèrement et sans complaisance une bonne piste de résolution.
C'est plutôt quelque chose qui consiste à être en accord avec soi et en accord avec soi dans le temps qui bouge. Admettez que rester le même individu entre 12 et 80 ans ça fait moyen rêver ...

Comme ces histoires de bonheur, la ré-invention n'est pas un phénomène de "normalisation" consistant à faire rentrer les individus dans des cases pré-définies, non et c'est bien sa difficulté, se ré-inventer est phénomène on ne peut plus singulier.

Il nécessite de se questionner profondément sur soi, de comprendre ce qui inhibe notre "puissance d'être" (vous noterez que je suis dans l'emballement le plus total ... L'enthousiasme est on ne peut plus premier degré).

Comme j'étais plus longue que prévu, je vous fais un billet rapidement pour vous parler de ce qui pose problème dans mon cas à moi ( c'est pas l'alcool mais c'est plutôt quelque chose autour du "divertissement" qui me prend trop de temps et qui ne m'en laisse pas pour les choses qui comptent pour moi).

Je vous embrasse


9 commentaires

Antonia a dit…

Comme toujours tu es juste et tu fais tellement écho. Je suis partie vivre à l'étranger, je crois qu'il y avait au fond un désir de réinvention, mais c'est dur (l'apprentissage de la langue, accepter de se transformer, trouver comment) et c'est chouette en même temps. Parallèment dans mon boulot, je me rends compte que j'ai toujours fonctionné à l'énergie, être complètement là, et ne rien garder des années passées. Ce fonctionnement que j'assimilais à un style personnel, je commence à voir le temps qu'il me prend (chaque année, je recommence tout ou presque) et ce qu'il m'empêche de faire, tous les projets qu'il me conduit à enterrer. Merci pour ton post qui m'aide à avancer, merci pour ce que tu arrives à formuler simplement (la puissance d'être, l'arnaque libérale de moi en mieux, ta lecture de Despentes), hâte de lire la suite. Je t'embrasse fort

Anonyme a dit…

Parfois les ré-inventions de soi se font naturellement face à une situation imposée comme un double de soi-même mais de l'autre côté du versant de notre personnalité... Celle que l'on ne connaissait pas de soi-même, on découvre nos pouvoirs, notre puissance cachée...
Nous découvrons aussi que nous pouvons laisser notre ancienne carapace qui nous a tenu chaud pendant des années pour aller vers un nouveau moi... La nouveauté fait souvent peur même si nous étions bien lovés dans notre zone de confort même insatisfaisante... Au moins, nous la connaissions même si elle était handicapante...
Vouloir changer est un tremplin vers autre chose mais tout le monde n'a pas forcément la capacité de vouloir changer... Les vieux habits de nos comportements sont tellement incrustés...

Lou a dit…

C'est fou ce qu'une fois de plus ton article me parle.

Il va faire echo à quelque chose en moi que je ressens depuis quelques temps, et dont personne ne parle, n'évoque, quelque chose de profond et confus, confus car comme caché. Ou peut être que les autres personnes ne le ressentent pas. Toi tu es géniale car tu as deux talents : tu sais ressentir et tu sais retranscrire. Moi je sais juste ressentir.

Bref, sur le cœur du sujet. C'est pas exactement la meme chose mais j'ai quand meme l'impression que c'est très lié avec ce que je ressens en ce moment, depuis, je ne sais pas... un an ou deux.

Je croise des groupes de jeunes dans la rue, petite vingtaine, manifestement étudiants et en train de kiffer leurs jeunesses. Il dégagent une certaine innocence, dans leurs manières de faire la fête, de se rencontrer. Le monde est à eux, leurs avenirs est très ouverts. Je me rappelle quand j'étais comme eux. Je leurs ressemble physiquement, j'ai 28 ans mais honnêtement on m'en donne 5 de moins (les boutons d'acnés ont ce seul "avantage"). Pourtant je sais que mon ame est déjà totalement différente de la leur. Ou pas de la leur, plutôt de celle que j'étais à 21 ans.

Mon environnement à changé. J'ai indubitablement changé. Mais je suis comme toi, dans mon esprit je suis encore une ado. Une vieille ado, qui travaille certes, mais dont le principal but serait de ressentir cet excitement divin que j'ai beaucoup ressenti plus jeune, en sortant dans une super fête vendredi soir.

Mais cet excitement, c'est comme quand tu consommes de la drogue, il y a une accoutumance. Je le ressens plus, ce plaisir. Ca ne marche plus. Je vois les étudiants, je me sens jalouse, ou plutôt nostalgique de leur liberté. De ma liberté d'avant que j'ai perdu. C'est pour ça que les soucis du boulot j'ai du mal à les digérer. J'ai du mal à grandir et à prendre mes responsabilités. Je ne vois pas où je vais, je regarde en arrière au lieu de regarder devant. J'ai envie d'insouciance et de confort, de secondes chances, plutôt que de me prendre en main et de faire de vrais choix de vie.

Pourtant, et malgré moi, j'ai changé. Je me suis affirmée. Et à la limite c'est d'autant plus dure que j'aimerai revivre ma jeunesse avec cette affirmation, faire certains choix plutôt que de subir comme je l'ai fait, de m'être laissé porté.

Je ne sais pas si ce gloubi boulga a le moindre sens, le moindre rapport avec ce que tu dis. Je suis sure que oui remarque.

J'ai hate de te lire, encore. Je ne te connais pas, mais dans ce que tu dis tu me fais de bien.

Bisous (je me relis pas, sorry pour les fautes, sinon je sais que je vais avoir honte et tout effacer).

Mhe a dit…

Super article, et j'aime beaucoup le commentaire de Lou! Je ressentais la même chose, jusqu'à peu, jusqu'à ce que je devienne Maman, et que, comme tu le dis si bien dans ton article, ta vie, ton rôle et ta mission dans la vie est tourné subitement à 100% vers quelqu'un d'autre. Un nouveau départ.

Mc a dit…

Hello, comme tjs super article si riche de sens, si clair et si inspirant
Mais je me permets de réagir a cet effet de la parentalité que tu as pu constaté sur tes proches
Parce que pour moi pas du tout du tout :)j'ai pourtant eu la chance le bonheur et la surprise tardive (39 ans et quelques ) de devenir maman d'une petite nana il y a presque 2 ans maintenant, la maternité a changé mon corps mais pas mes envies pas ma personnalité , même si certains traits se sont amplifiés :) ce n'est pas simple de faire de la place a l'enfant, de lui donner ce dont il a besoin au prix parfois de renoncer a ses envies ou besoin... Et je me surprend à ne pas renoncer justement ou bien à lâcher prise...dans cette société ou l'enfant est un idéal, une norme et même un accomplissement, ce sont des choix difficiles et porteur de jugement négatif lorsqu'on est parent.
Autre chose: ma grand mère me disait svt qu'il faut rester, ou essayer en tout cas, légère et souple toute sa vie, elle détestait " les vieux figés et raides " :) je comprends avec ton article ce qu'elle me disait alors, je comprends qu'il faut accepter ce que la vie nous donne et nous fait sans rester sur nos habitudes ou certitudes
Plein de bises et merci

lenna a dit…

merci Marie pour ce chouette post :)
bonne réinvention à toi et tou⋅te⋅s celles et ceux qui lisent ce post
quelquefois on ne sait pas qu'on est en train de se réinventer, et d'autres fois c'est un processus qui se met en place dans la frustration ou autres difficultés. reinventons nous encore et encore. également je trouve très juste ce que tu dis par rapport au libéralisme du "moi en mieux".
bises
lenna

Anonyme a dit…

Tellement intéressant comme point de réflexion! Chez moi la réinvention s'est faite au début/milieu de la trentaine, alors que j'avais déjà des années de psychothérapie derrière moi. Je sais maintenant que je suis très sensible, que je suis émotive et toujours dans le "trop" pour ainsi dire (trop manger, trop boire, trop rire, trop déprimer, tout ça va ensemble) et que ma grande quête serait celle de la modération et de l'hygiène de vie.

Du coup...Je fais du sport (sans trop me pousser trop) presque tous les jours, j'essaie de manger un peu mieux et un peu moins sans verser dans le délire du contrôle alimentaire. Je parle tout le temps de ce que je ressens au lieu de laisser l'émotion s'accumuler puis exploser. Parfois ce "trop", cette intensité d'émotion, me manque - il y avait aussi du plaisir dans les excès. Mais la réinvention a marché jusqu'à un certain point, je me sens moins charriée par la vie.

Hamalaram a dit…

Merci Marie pour ce texte.
Une chanson cadeau (peut-être tu connais déjà:) : Jok'air - Hypocrite , Jok'air - Ce n'est pas sérieux
<3

Anonyme a dit…

Intéressant ce post sur le réinvention.
Je suis aussi taraudée par ces questions: la possibilité d'un autre soi, comment se ré-inventer alors que nous ne sommes pas responsables de ce que nous sommes ( on ne s'est par inventés, la socio prouve que c'est tout le contraire , et la psycho enfonce le clou).
je penser par exemple qu'en faisant un gros travail de thérapie, je pourrais au moins déconstruire quelques trucs...Et bien na, quedal, rien de déconstruit, je suis juste consciente de ce truc qui reste là tapis dans un coin dans ma tête et qui fout souvent le bordel dans ma vie , j'apprends comment me mettre à l'abris de certains conditionnements, à éviter certaines amours que mon subconscient sélectionne parce que juste ce qu'il faut pour rester sous la moelleuse couette de la chiale... Bref , pas de réinvention, juste des gardes-fous ... J'ai plus appris à avoir un regard de cyborg ( réception des données, analyse, choix à faire, start) sur ce qui se présente, du coup c'est moins glamour la vie, mais bon, moins douloureux aussi, alors j'y gagne un peu...